Oui mais nous alors moi je...
Directeur artistique : Martine Roussarie (comédienne)

 

- Mise en scène : Martine Roussarie
- Adaptation : Groupe “ Oui mais nous, alors moi je ...”
- Percussions : Anaïs Calmels
- Costumes : Traces & Cie
- Jeu en 2003 : Avelina Amati, Alfredo Fiale, Anita Jeudy, Martine Roussarie
- Jeu en 2005 : Valérie Beaumont, Nicolas Cros, Gwenaëlle Descamps, Alfredo Fiale, Anita Jeudy, Martine Roussarie


Ce spectacle a été joué :
- le 25 mai 2003 dans le cadre de l'Exposition/promenade Nature et magique en partenariat avec le Centre des monuments nationaux dans le cadre de l’opération nationale annuelle Monum'vert au parc du château, Pierrefonds (60350),
- le 10 décembre 2005 à la salle des fêtes, Pimprez (60170),
- le 17 décembre 2005 au château, Compiègne (60200).

 


DISTRIBUTION
Le conteur et Modeste : Nicolas Cros
Conteuse V et le petit nuage rose : Valérie Beaumont
Conteuse A, l’aubergiste
et la fée Carabine : Anita Jeudy
Conteuse M et Merlo : Martine Roussarie
La Princesse : Gwenaëlle Descamps
L’ogre : Alfredo FIALE
Illustration sonore : Anaïs Calmels


On entend un gong qui tape les trois coups, puis le conteur entre en scène, suivi des conteuses A et V.

LE CONTEUR
Il était une fois dans le temps !

CONTEUSES A et V
Bien avant le temps!

LE CONTEUR
Un homme qui s’appelait le père Pallnor !

CONTEUSE A Riant du jeu de mot.
Perd pas l’nord !

CONTEUSE V Riant du jeu de mot elle aussi.
Perd pas l’nord !

CONTEUSE A
Il habitait au royaume de Sylve, tout là-haut dans le Septentrion.

CONTEUSE V
Pas très loin du royaume des fées !

LE CONTEUR
Il avait la charge des forêts royales qui étaient immenses.

CONTEUSE V
Il savait soigner les arbres, les fleurs, les animaux de la forêt et s’orienter comme personne dans l’immensité boisée du royaume.

CONTEUSE A
Le roi l’aimait beaucoup et l’avait nommé : On entend un roulement de tambour. Grand Commandeur des forêts !

LE CONTEUR
Mais comme il était modeste, il se faisait toujours appeler le père Pallnor.

CONTEUSE A
Il vivait au milieu de la forêt avec sa femme et son fils dans une maison tout en bois.

LE CONTEUR
Pas très loin du château.

CONTEUSE V
Le fils se lia d’amitié avec la fille du roi et dès qu’elle le pouvait elle s’échappait du château et courait vers la maison pour jouer avec lui.

LE CONTEUR
Il lui apprenait à grimper aux arbres, à se déguiser avec des feuilles, à construire des cabanes, à observer en cachette les animaux.

CONTEUSE A
La princesse racontait au fils ce qui se passait au château. Elle imitait pour lui tous les personnages de la Cour…

CONTEUSE V
… Du plus timide des pages…

CONTEUSE A
… À la plus pédante des courtisanes…

LE CONTEUR
… Du tonitruant capitaine de la garde…

CONTEUSE A
… Au silencieux Grand Chambellan.

ENSEMBLE
Parfois, ils jouaient ensemble au roi et à la reine.
Entrée de la conteuse M qui arrive du public.

CONTEUSE M
Je la connais cette histoire

LE CONTEUR et les CONTEUSES A ET V
Impossible!

CONTEUSE M
Si! si! Je la connais! Mon grand-père me la racontait quand j’étais petite. Cette histoire a traversé les mers et les océans !

LE CONTEUR et les CONTEUSES A ET V
Ah! Tu la connais? D’accord! Ils lui mettent un costume de conteuse. Alors vas-y, raconte-la.

CONTEUSE M
Quand il fut en âge de se marier, le fils sombra dans une profonde tristesse. Il ne désirait épouser qu’une femme! La princesse! Mais elle était fiancée à un jeune prince PAS CHARMANT DU TOUT!

LE CONTEUR et les CONTEUSES A ET V
Pas charmant du tout !

CONTEUSE M
(Coup de gong) Or ! Il advint qu’un ogre s’était installé aux confins du royaume. Il y eût des nuits effroyables où il s’approchait et dévorait sur son passage tout ce qu’il trouvait de chair fraîche et de pas trop mûre!

CONTEUSE A
Beaucoup d’enfants disparurent! Tout le monde était sur le qui-vive! La moindre vibration du sol provoquait des fuites éperdues.

CONTEUSE M
Noël passa.

CONTEUSE V
Les mères vinrent en horde au château réclamer…

LES CONTEUSES ENSEMBLE à la manière de manifestantes clamant un slogan.
Vengeance et protection.

LE CONTEUR
Le roi envoya son armée.

CONTEUSE M poussant le conteur
D’une chiquenaude, l’ogre jeta à terre un escadron d’élite, puis dans un éclat de rire. On entend le rire de l’ogre. Le géant partit en courant cent fois plus vite que le plus rapide des étalons de la garde royale.

CONTEUSE A
Les soldats rentrèrent penauds. La même nuit, l’ogre revint. Il s’approcha si près du château que le donjon trembla.

LE CONTEUR
Le roi promit alors sa fille en mariage à celui qui délivrerait le royaume de ce monstre.

CONTEUSE V
Le prince pas charmant du tout s’écria!

CONTEUSE A des coulisses
Mais sire! Elle m’est déjà promise!

LE CONTEUR prenant la voix du Roi
Elle l’était ! Elle ne l’est plus ! Il ne tient qu’à toi qu’elle le soit à nouveau!
Va… ! Réduit l’ogre à ta merci et tu l’épouseras ! Il va pour sortir mais se ravise. Cependant, si un autre nous délivre de ce fléau, c’est à lui que je donnerai ma fille.

CONTEUSE M (Pendant qu’on entend mille petits bruits de toutes sortes)
Le prince pas charmant du tout était fort trouillard et n’alla pas bien loin. Bientôt, la forêt fut agitée de mille petits tremblements. C’était tous ces jeunes chevaliers qui s’étaient crus valeureux et qui avait flanché au premier obstacle venu.
Ils s’étaient réfugiés dans les arbres et restaient là, tout tremblants, s’évanouissant au moindre bruit suspect. Il suffisait qu’un vieux berger passe en se raclant la gorge (Anaïs) pour qu’on entende des bruits de ferraille et de branches brisées. Les trouillards en armure dégringolaient des arbres, suivi d’un BOUM ! (Anaïs) retentissant quand ils heurtaient le sol.
Pendant que les chevaliers donnaient cet étonnant concert, le fils du père Pallnor s’était procuré une tenue de la garde royale et avait attendu la nuit.
Un peu avant minuit, il revêtit la tenue de capitaine et s’achemina vers le château. Avant de partir affronter l’ogre, il voulait voir la princesse pour savoir si elle l’aimait aussi.

Le fils du père pallnor Au public.
Je ne vais tout de même pas l’épouser contre son gré !

CONTEUSE M Entamant un pas martial avec le fils du père Pallnor, bientôt suivis par la Princesse.
Il traversa le pont-levis du pas martial et décidé d’un officier qui sait très bien où il va.

LA PRINCESSE
Comme je lui avais montré dans mes imitations

CONTEUSE M
Les soldats de faction se mirent au garde à vous sur son passage. Il traversa trois cours sans rencontrer personne. Dans la quatrième cour, les fenêtres de la chambre de la princesse étaient éclairées.
le fils du père pallnor
Est-elle seule ? Bah ! Il n’est plus temps de tergiverser.

CONTEUSE M
D’un pas résolu, il monta l’escalier, s’arrêta devant la porte de la princesse, respira un bon coup et frappa ! (Anaïs)

LA PRINCESSE
Entrez!

Le fils du père pallnor Au public
C’est la voix claire et adorable que je reconnaîtrai entre toutes.

LA PRINCESSE
Hé bien?

Le fils du père pallnor
C’est moi ! Je me suis déguisé pour venir te voir. Je pars demain matin pour tenter d’anéantir l’ogre. Avant de partir, je suis venu te demander ta main. Si je réduis l’ogre à ma merci, accepterais-tu d’être ma femme?

LA PRINCESSE
Papa l’a promis.

Le fils du père pallnor
Oui ! Ton père l’a promis ! Mais ce que je te demande, c’est ce que tu en penses, toi ! Moi je t’aime éperdument.

LA PRINCESSE
Voilà la lettre que j’étais en train de t’écrire lorsque tu as frappé. Elle se met dos au public et agite sa plume comme si elle écrivait avec emphase.
le fils du père pallnor lisant la lettre d’abord à haute voix, puis en silence.
Très cher Modeste…

CONTEUSE M
Modeste c’était son prénom.

LA PRINCESSE
Depuis ce matin, depuis que mon père a prononcé sa promesse, j’essaie de t’écrire! Je viens te demander, te supplier de vaincre cet ogre et de saisir cette occasion qui nous est enfin donné de nous marier. Mais en même temps je ne veux pas que tu risques ta vie. Je mourrai s’il t’arrivait quelque chose! Elle se retourne et s’adressant à Modeste : Voilà ! Je suis restée là toute la journée, la plume à la main, sans pouvoir me décider, c’est à peine si j’ai remarqué que la nuit était tombée. Quelle heure est-il ?
modeste regardant sa montre.
Minuit et demi!

LA PRINCESSE
Maintenant que je te vois, je ne doute plus. Je sais que tu vaincras. Va! Je te fais confiance et reviens vite m’épouser. Ils sortent.

CONTEUSE M Pendant que Modeste rentre sur scène et s’active.
Le lendemain, Modeste fit ses adieux à ses parents, les rassura autant qu’il put, nota bien le mot de passe de la fée Carabine et enfourcha gaiement un petit nuage rose qui s’était arrêté quelques instants dans le jardin et qui lui demanda d’un clin d’œil.

LE PETIT NUAGE ROSE Evoluant sur toute la scène à petits pas resserrés, puis s’arrêtant devant Modeste.
Tu montes beau blond?

CONTEUSE M Pendant que Modeste, sur son petit nuage rose déambulent sur la scène.
Il vogua ainsi sur son petit nuage pendant sept heures.

LE PETIT NUAGE ROSE S’arrêtant.
Terminus! Je ne vais pas plus loin!

MODESTE
Allez sois gentil ! Encore un peu, tu n’as pas l’air fatigué !

LE PETIT NUAGE ROSE Voletant autour de lui.
Cela fait sept heures que je te porte sur mon dos et que tu me demandes d’aller plus vite. Il est vraiment temps que tu descendes de ton petit nuage! Ce n’est pas avec ce sourire béat que tu vas anéantir l’ogre! Crois moi! Voyant qu’il ne réagit pas. Bon! Je vois que tu m’as l’air d’avoir sérieusement besoin que l’on te rafraîchisse les idées. Ça tombe bien j’avais besoin d’une cure d’amaigrissement! Elle perce les deux ballons de baudruche qui lui servent de poitrine.

MODESTE
Mais qu’est-ce que je fais là moi? Reprenant ses esprits. Ah oui! Nous avons volé sept heures, disons deux fois plus vite qu’un cheval au galop. Quel est le point à quatorze heures de galop, à vol d’oiseaux au nord-est de la maison? Il sort sa carte, sa règle et son crayon de son sac.

CONTEUSE M Se mettant derrière lui et commentant ses gestes.
Modeste sortit la carte et la règle spéciale de son père qui indiquait les distances en heures de galop ou de marche à pied et inscrivit une croix là où il était.

MODESTE
À une demi-heure de marche de là, se trouve une auberge où je pourrais passer la nuit et demain si j’avance d’un bon pas, je serai à la frontière.

CONTEUSE M
Il vérifia la carte et prit la direction de l’auberge en commençant à réfléchir à un stratagème contre l’ogre. Elle sort.

CONTEUSE V entrant en scène
Quand il arriva à l’auberge, il avait trouvé l’idée directrice! Il en discuta avec l’aubergiste. Entrée de l’aubergiste.

MODESTE À l’aubergiste.
L’ogre tient son pouvoir de sa taille bien sûr ! Ce qui lui permet de se déplacer très rapidement et d’être plus vigoureux que le commun des mortels ! Ça je n’y peux rien ! Je ne vois pas comment je pourrais rétrécir un ogre! Mais ne tient-il pas sa force de ses dents? Songez à ce que deviendrait un ogre sans dents!
Ne pouvant plus dévorer personne il ne ferait plus de victimes !

L’AUBERGISTE
Un ogre édenté! Ça pour sûr, il serait anéanti! Sans parler des graves problèmes d’alimentation auxquels il devrait faire face! Il mourrait de honte! Il n’y a pas plus orgueilleux qu’un ogre! D’ailleurs, du temps de mes grands-parents, on ne disait pas orgueilleux ! Mais Ogreilleux.

MODESTE
C’est certain! Un ogre sans dent est un ogre fini! Bien! Nous sommes d’accord. Il faut édenter l’ogre! Mais comment ? Voilà toute notre affaire! Ils réfléchissent tout en marchant et se rentrent dedans. À cet instant, on entend un coup de gong.

L’AUBERGISTE ET MODESTE
Il faudrait l’endormir !!!

L’AUBERGISTE
Pour ça, j’ai ce qu’il vous faut ! Un petit vin primeur dont j’ai en cave quelques tonneaux. Tenez ! Vous allez le goûter et vous m’en direz des nouvelles. il va dans les coulisses chercher deux verres et une bouteille. Il emplit les verres, ils trinquent et boivent.

MODESTE baillant
Oh ! J’ai eu une rude journée, je ne vais pas tarder à aller me coucher.

L’AUBERGISTE
Vous voyez ! Un verre et vous êtes déjà assommé. Pour l’ogre il suffira d’un ou deux tonneaux !

MODESTE
C’est vraiment une très bonne idée.

CONTEUSE V Durant le récit, elle est prise pour cheval par l’aubergiste et Modeste.
Puis il fila au lit où il s’endormit comme une masse. Le lendemain, l’aubergiste refusa tout argent. Modeste sella son cheval qu’il chargea des deux tonneaux.

L’AUBERGISTE
Une nuitée et deux tonneaux, c’est peu cher payé si vous nous débarrassez de ce monstre. Allez ! bonne chance pour cette nuit ! C’est la Saint-Sylvestre espérons que tout se passera bien ! elle sort. Ne vous inquiétez pas pour le cheval, il reviendra tout seul !

CONTEUSE V Toujours en cheval et tirée par Modeste.
Modeste le remercia comme il se doit et se mit en route. Il marcha vers le nord-est sans croiser âme qui vive. Le cheval un solide percheron allait tranquillement mais d’un bon pas. Vers midi Modeste fit une halte. Ils s’assoient sur les tonneaux qu’ils ont posé à terre. Puis se relèvent. Il allait repartir quand il entendit au-dessus de lui un merle moqueur.

MERLO
Et vous là, le Modeste ! On ne perd pas l’nord j’espère ? Ha ! Ha ! Mais je me gausse, faite excuse, c’est ma nature. Soyons sérieux ! Hum ! J’ai un message pour vous de la fée Carabine. Hum ! Voyons… Soyons sérieux ! Comment était-ce ? Ah oui ! La caravane…

MODESTE
Et la carabine chasse ! (Anaïs tire un coup de feu)

MERLO
Très bien, très bien ! Soyez au carrefour du grand chêne à dix heures ce soir. Ouvrez les deux tonneaux de vin. Mettez-les bien en évidence au milieu du carrefour et cachez-vous. L’ogre ne sera pas loin, il sentira le vin et il viendra. Passez cette tunique magique, avec ça vous ne dégagerez aucune odeur de chair fraîche. Au contraire ! Bouchez-vous le nez si vous avez l’odorat sensible. Ça ne sent pas la rose ! Quand l’ogre sera endormi, la fée Carabine viendra vous donner un coup de main pour lui arracher les dents. Il en a vingt huit, c’est du boulot !

MODESTE
Vingt huit ? Pas trente deux ?

MERLO
Vous n’imaginez tout de même pas qu’un ogre puisse avoir des dents de sagesse !
Aux enfants. Trente deux moins quatre… Ça fait ?… Vingt huit ! À Modeste. Il vaut mieux commencer par les canines, ce sont les plus agressives ! Mais normalement la fée sera là pour vous aider !

MODESTE
Normalement ?

MERLO
C'est-à-dire… Je ne voudrais pas dire du mal de ma patronne… mais enfin… je dois avouer que la fée Carabine est assez souvent en retard ! Tenez, prenez aussi cette paire de tenailles et ces sachets de poudre somnifère que vous verserez dans les tonneaux. Deux précautions valent mieux qu’une !

CONTEUSE V
À dix heures tapantes, (On entend les 10 coups). Modeste arriva au carrefour du grand chêne. Protégé par la tunique magique qui sentait le vieux moisi. Il posa les deux tonneaux bien en évidence, les ouvrit, versa un sachet de poudre somnifère dans chacun et grimpa vite fait dans l’arbre alors que le sol commençait déjà à trembler sous le choc des pas de l’ogre. Dans son arbre, Modeste se bouchait le nez car, entre le vin primeur, le vieux moisi et l’ogre qui approchait, ça ne sentait vraiment pas la rose.
Alors, il y eut un vacarme terrible. Le roulement de tonnerre des pas de l’ogre ébranlait le sol d’une violence inouïe, accompagné d’une énorme voix de baryton.

L’OGRE des coulisses
Hummm ! Par mon ventre ! Ça sent… ça sent… ça sent le vin primeur ! Il entre.
Aaaah ! Par mon ventre, je ne me trompais pas, voilà le vin ! Ce sont deux tout petits tonneaux. Mais goûtons cela. Il boit au premier tonneau. Aaaaah ! Fameux ! Cela mérite d’être bu, par mon ventre. Aaaaah ! J’avais le gosier sec ! Il se remet à boire, mais le tonneau est vide. Déjà sec ? Voyons le deuxième, s’il est du même tonneau. Ha, ha, ha, ha, ha ! Après avoir vidé le second tonneau, l’ogre sort en titubant, puis on l’entend ronfler des coulisses.

CONTEUSE V
L’ogre s’allongea, s’endormit puis se mit à ronfler. Modeste put voir qu’il mesurait presque vingt mètres. Il regarda sa montre…

MODESTE
Dix heures quinze !

CONTEUSE V
Tout était allé très vite. Modeste descendit de l’arbre avec souplesse. La tête de l’ogre était si grande qu’il devait lever le bras pour atteindre sa figure. Il grimpa lestement sur l’oreille de l’ogre, puis se retrouva sur son visage et s’assit au bord du trou que faisait sa bouche grande ouverte.

MODESTE
Bien ! Me voici donc au bord de la cavité buccale et puisque la fée Carabine est décidément en retard, mettons nous à l’ouvrage sans l’attendre. Commençons donc par les canines ! (il met son foulard à la manière des gangsters, essaie d’arracher la première dent, mais n’y arrive pas) Zut alors ! Même pas capable d’arracher la canine d’un ogre aviné !

CONTEUSE V
Tout d’un coup, il s’aperçut qu’à l’intersection des deux tenailles, il y avait un bouton. Il le tourna et il entendit un petit bruit comme celui que fait la roulette du dentiste. Ce fut la seule fois de sa vie que Modeste fut content d’entendre ce bruit.

MODESTE
Bonheur ! Canine numéro un : arrachée ! Il regarde ses tenailles. Beau cadeau que m’a fait la fée Carabine !

CONTEUSE V
Heureusement l’ogre saignait peu. Cela ne pouvait pas déranger son sommeil.
Modeste reprit les tenailles et attaqua la deuxième dent et la troisième !
Quatre cinq, six, sept, huit etc… jusqu’à vingt et une. Quand enfin il s’accorda une pause,
Il regarda le tas. Il avait arraché vingt et une dents. Aux enfants. Il en restait donc… ? Sept !

MODESTE regardant sa montre
Une heure du matin ! C’est la nouvelle année ! Et la fée Carabine qui n’est toujours pas là ! Franchement, elle exagère ! Il baille et s’étire. C’est alors qu’il y a une sorte de tremblement de terre qui le fait basculer en arrière. L’ogre va se réveiller ! C’est certain ! Que vais-je devenir ?

L’OGRE des coulisses
Maman ! Miam, miam ! Manger !

CONTEUSE V
L’ogre rêvait, bougeait un peu et parlait dans son sommeil ! Courageusement, Modeste remonta sur l’oreille de l’ogre, puis sur sa figure et attaqua la vingt deuxième dent. Il commençait à en avoir assez. C’était une dent du fond. Elle était grosse et il devait se contorsionner pour l’attraper. Cela lui prenait plus de temps ! Enfin, il en vint à bout !

MODESTE
Vingt deux ! Entrée de la fée Carabine. Tiens ! Voilà la fée Carabine !

LA FÉE CARABINE
Oui, oui ! Je sais ! Nous avions rendez-vous à vingt deux heures ! Mais j’ai eu un contretemps fâcheux ! Je suis absolument désolée ! Je me prosterne à vos pieds !

MODESTE
Bonsoir ! Je suis Modeste, le fils du père Pallnor et je suis enchanté de faire votre connaissance ! Je disais 22 parce que j’ai arraché 22 dents à l’ogre. Il n’en reste plus que six ! Mais il est tard et je ne voudrais pas qu’il se réveille avant que nous ayons fini.

LA FÉE CARABINE
Il est vraiment très tard ! Je suis confuse. Vous ne m’en voulez pas trop ?

MODESTE
Je vous en prie !

CONTEUSE V
Quand il vit la fée se mettre à l’ouvrage, il regretta vraiment qu’elle ne soit pas arrivée plus tôt ! D’abord pas besoin de grimper. Elle voleta d’un air de rien jusqu'à la bouche de l’ogre.

LA FÉE CARABINE
Ah ! Ce sont les dents du fond ! C’est vrai mon pauvre ! Vous ne savez pas changer de taille ! Comme vous avez dû vous embêter !

CONTEUSE V
Elle se rétrécit de façon à entrer dans la bouche de l’ogre. Elle n’avait même pas besoin des tenailles. Apparemment, elle savait faire la même chose avec ses mains car on entendit quelques petits vrombissements et les six dents volèrent une à une hors de la bouche de l’ogre en deux temps et trois mouvements.

MODESTE
Quel doigté ! Je n’en crois pas mes yeux ! En moins d’une minute, elle a arraché les six dents restantes !

CONTEUSE V
Elle voleta à nouveau jusqu’au sol, tapota sa jupe, arrangea sa coiffure en se regardant dans un miroir qu’elle avait fait apparaître sur un tronc d’arbre, puis elle s’adressa à Modeste :

LA FÉE CARABINE
Vous voilà rassuré ! L’ogre est édenté comme un nouveau-né et ses dents ne risquent pas de repousser !
Je ne voudrai pas vous presser mais vous devriez filer si vous voulez souhaiter la bonne année à votre princesse dès son lever !

MODESTE
Mais il est deux heures du matin ! Je n’aurai jamais le temps d’être au château pour le petit-déjeuner ! Et puis je veux tout de même m’assurer que l’ogre est bien vaincu avant de me présenter devant la princesse ! Quand pensez-vous qu’il va se réveiller ?

LA FÉE CARABINE
Ne vous inquiétez pas ! L’ogre va se réveiller vers cinq heures du matin. Je reste ici pour surveiller que tout se passe bien ! Vous allez rentrer avec Merlo. Je reste en liaison-radis avec lui ! Je vous tiendrai au courant de la suite des évènements. (Elle siffle et Merlo apparaît) Adieu ! Vous êtes modeste mais courageux ! Tenez ! Voici une bague de fiançailles pour votre promise. Toutes mes félicitations !

CONTEUSE V
C’est un diamant comme une dent d’ogre en miniature qui lance mille éclats de lumière dans la nuit ! Modeste grimpa sur le dos de Merlo et ils s’envolèrent à toute vitesse. Vers huit heures du matin alors qu’ils arrivaient en vue du château.
Le radis au cou de Merlo se mit à grésiller et on entendit de loin la voix de la fée Carabine.

LA FÉE CARABINE
Allo Merlo ! Tu m’entends ?

MERLO
Quatre sur cinq !

LA FÉE CARABINE
Bon ! J’aurai dû t’appeler plus tôt mais j’étais très occupée ! Tout s’est très bien passé ! L’ogre est mort de honte ! Au sens propre je veux dire ! Quand il s’est réveillé, il s’est mis à gémir !

L’OGRE
Aïe ! Aïe ! Aïe ! J’ai mal aux dents ! Ouh, la, la ! Que j’ai mal aux dents ! Maman !

LA FÉE CARABINE
Je me suis déguisée en miroir, il a vu ses larmes, il a vu sa bouche édentée et sanguinolente. Il est devenu tout rouge et il a dit…

L’OGRE
Ooh ! La honte !

LA FÉE CARABINE
Et il est mort !

MERLO
Vous pouvez répéter ça plus lentement s’il vous plaît ?

LA PRINCESSE
Je n’ai pas dormi de la nuit ! Combien faudra-t-il de jours à Modeste pour réussir à nous débarrasser de ce monstre ? Je sais qu’il est le meilleur mais je m’inquiète !

CONTEUSE V
Alors ce qu’elle vit la stupéfia !

LA PRINCESSE
Un énorme merle moqueur ! Avec des lunettes d’aviateur ? Il atterrit dans la cour et il porte Modeste sur son dos ! On dirait que Modeste écoute un radis au cou de l’oiseau !?! Oh ! Il me lance un toboggan ! Je cours les rejoindre !

CONTEUSE V
Elle arriva juste à temps pour entendre la voix de la fée Carabine qui sortait du radis et répétait…

LA FÉE CARABINE
Quand il s’est réveillé, je me suis déguisée en miroir. L’ogre a vu ses larmes et sa bouche édenté et sanguinolente, il est devenu tout rouge et il est mort ! Bravo Modeste !
Modeste et la Pricesse rentrent sur scène en se tenant la main, les autres leur font une haie d’honneur et remuent leur plumes de paon.

CONTEUSE V
Ainsi la princesse épousa Modeste qui devint le futur roi !
ENSEMBLE Martine, Anita, Valérie et Alfredo se placent à la même hauteur que les fiancés.
Inutile de vous dire qu’ils ne s’ennuyèrent pas !


FIN