Être
dans l'arène Au fond du précipice Au bord de l'abîme
Le vertige est enivrant. Retour sur soi, vers son moi ? Du fond
de ses tripes, gueuler sa colère, sa rage. Ressentir d'ondoyantes
écoutes de perçants et curieux regards. L'avant-scène
: chuchotements, éclats de voix, rires assourdis, cancannements
rythmés, Silence !
Il était une fois… Il était
une fois, mais pas deux. Une fois il était : formule magique
pour faire naître la parole, les mots, l'histoire : mon histoire,
une histoire banale somme toute : celle d'être née
pour être là et la raconter. Une tranche de vie. La
vie est pleine d'histoire. Il était une fois… Je me
suis toujours raconté des histoires. Parlons par exemple…
de moi. Il était une fois. Oh non ! Il est une fois puisque
l'histoire démarre là, maintenant ! Je le promets
pour une fois, je déballe. Après, il faudra bien que
je passe à autre chose. je ne peux pas toujours répéter
mille et une fois la même histoire. (quoique !).
Ils pensent : elle radote. Oh ! si, je le vois bien. Il y en a au
moins un ou une, peut-être plus… Certes, je pourrai
me parler à moi-même. Je resterai bien au chaud chez
moi et eux, ils en profiteraient pour faire autre chose… mais
le théâtre dans tout ça ?
Où en étais-je ? Ah oui ! le théâtre.
Justement, j'y viens. J'ai toujours voulu en faire. La preuve !
Toute petite, je me plaisais à répéter, à
susurrer, à murmurer, à articuler. Je n'avais nullement
besoin d'être sollicitée, cela s'échappait de
ma bouche sans que j'y prenne garde. Et puis, à l'école,
ce fut terrible et en même temps très encourageant
pour persévérer dans ma boulimie de paroles. Quelle
bavarde ! toujours punie, cataloguée. La rangée des
bavardes. Oui, j'ai connu ça ? Je m'souviens : alignées
en rang d'oignons contre le mur. Nous avions le privilège,
moi et quelques autres (fort peu nombreuses ma foi), d'occuper un
pupitre célibataire (c'est drôle, quand j'y pense,
j'en étais assez fière). Les maîtresses pensaient
nous humilier, prétendaient nous rendre service. C'est vrai
que je leur dois une fière chandelle.
Sortir du lot, être montrée du doigt n'était
pas pour me déplaire. Je sortais du lot une fois par an,
à la remise des prix : nos bonnes vieilles maîtresses
avaient l'idée saugrenue de nous faire réciter une
poésie, une tirade devant un public conquis d'avance puisqu'il
se composait essentiellement de nos parents tout attendris d'entendre
ânonner leurs chérubins. Un bon nombre d'élèves
rechignaient à ce genre d'exercice (j'ai remarqué
d'ailleurs, que souvent, les meilleurs éléments, les
têtes comme on dit étaient en dernière ligne).
Et bien, moi, je n'attendais que ça, je jubilais. C'était
un vrai régal. Enfin… pouvoir parler, sentir durant
un court instant qu'on écoutait plus que vous.
" Mon dieu, mon dieu, la vie est là, simple et tranquille
Cette paisible rumeur-là vient de la ville. – Qu'as-tu
fait ô toi que voilà pleurant sans cesse, Dis qu'as-tu
fait, toi que voilà de ta jeunesse. Verlaine (Sagesse V)".
Bien sûr, il y avait les répétitions en classe,
devant les copines, la maîtresse qui m'invitait à reprendre,
je ne me faisais pas prier. Je me rappelle une fois : j'avais dû
être géniale parce qu'elle avait appelé sa collègue
pour venir m'écouter…
" Salut bois couronné d'un geste de verdure ! Feuillages
jaunissant sur les gazons épars ! Salut, derniers beaux jours
! Le deuil de la nature Convient à la douleur et plaît
à mes regards".
" Trop nulle ! Tu n'es pas retenue pour la remise des prix".
Quelle claque j'ai reçu ce jour-là ! Elle me chauffe
encore la joue quand j'y pense. Bon dieu qu'elle m'a fait mal !
Ne me sentant plus de joie, j'avais récité avec précipitation,
sûre d'avance de séduire mon nouveau public. C'est
dur d'être humble quand on s'aime à ce point ? Alors,
J'ai appris l'humilité.
L'arrivée de la télévision fut une révélation
quant à son pouvoir hypnotique. Je m'amusais à simuler
des interviews devant un miroir. Plus exactement devant l'armoire
à glace dans la chambre de mes parents. Le miroir est le
meilleur public qui soit. Celui-là ne vous fait pas de cadeau.
Vous avez intérêt à assurer. Tout dans le visage.
Je jouais les mimiques d'une star questionnée. J'étais
à la fois l'interviewer et l'interviewée. Je cherchais
mes mots, je me plaisais à me trouver des états d'âmes
: mélancolique, rêveuse, touchante, rieuse, évanescente.
Tout ça dans le plus grand secret, à l'abri des regards,
en l'occurrence ceux de mes proches. Je m'exerçais à
parler à haute voix, à convaincre, sans nul doute,
à me convaincre que j'étais admirée, écoutée,
regorgeant d'un talent… fou ! Ce face-à-face se terminait
inéluctablement par manque d'argument ou par l'intrusion
d'un de mes parents. C'était la honte si j'étais prise
en flagrant délire.
J'avais une forte propension à m'apitoyer sur mon sort. Cet
apitoiement se ponctuait, se concluait par des larmes déversées
à flot. L'exercice lacrymal a commencé très
tôt. Le moment le plus propice à ce déferlement
humide survenait aux repas. " Ne parle pas la bouche pleine".
Parler et manger, voilà bien deux actions qui s'opposent.
L'une évacue, l'autre ingurgite et tout cela par le même
orifice. " Ne parle pas la bouche pleine !" Longtemps
j'ai mis ça sur le compte de la bienséance. Mais après
réflexion, je me demande s'il ne s'agit pas plutôt
d'une manière détournée d'interdire la parole,
la parole libre de l'enfant qui n'a pas envie de manger, d'emmagasiner
mais de parler, envie d'expulser, de s'esclaffer. Très jeune,
j'avais compris qu'il suffisait de fermer fort les yeux pour que
jaillissent les larmes de crocodile. Elles inondaient mes joues.
Mon entourage n'était pas dupe. Quelle comédienne
! un qualificatif qui me fut attribué très tôt.
Sentence prémonitoire. Cela dit, je vivais ces instants pleurnicheurs
très gravement, très sincèrement. Je ne savais
pas pleurer sans y croire, oserais-je dire sans m'y croire. Comme
j'étais malheureuse !
Mes premiers amours n'ont pas échappé aux torrents
de larmes que je déversais seule ou en compagnie. Amour trahi,
Amour incompris, Amour conclu. Aimez-moi s'il vous plaît !
Que de larmoiement un peu… trop… lourds je l'avoue.
On ne se refait pas !
La Tragédie, le Mélodrame ! Voilà de quoi me
nourrir. à l'adolescence, je voulais faire de l'Art dramatique.
L'Art dramatique ! J'en avais plein la bouche. à cet âge,que
peut-on faire de mieux que de l'Art dramatique ? Les circonstances
y ont beaucoup concouru. C'est à cette époque, en
effet que mes parents décident de quitter la capitale où
je suis née pour aller s'engouffrer dans une cité
HLM de banlieue fraîchement construite, sans âme, sans
caractère. Certes, nous gagnions en confort, mais pour le
coup, l'Art dramatique devenait une nécessité pour
ma survie. Quel drame ! un tic, oui ! Je ne sais pas si l'on peut
comprendre, saisir ce malaise de se sentir exilée, étrangère,
anonyme parmi les anonymes. Chacun dans sa boîte, petite boîte,
très étroite. J'étouffais, je n'attendais qu'une
chose, pouvoir hurler cette douleur qui vous prend là, qui
se bloque là et… les larmes.
Seize ans, bac philo, littérature, les grands poètes,
la psychanalyse – ça me travaillait furieusement. il
fallait que je sorte de ce tunnel (même si j'y déambulais
avec un plaisir masochiste) – L'Art dramatique ! Où
m'adresser ? La ville dans laquelle nous venions d'emménager,
comme toute ville communiste qui se respecte, offrait à la
jeunesse des tas d'activités… sportives mais de l'art
dramatique que nenni ! Qu'importe, je questionnerai, je fouinerai,
je trouverai. Je n'étais quand même pas la seule dans
cette cité à désirer faire du théâtre.
Direction la mairie, service des affaires culturelles. Ben oui,
il existait bien !
– Bonjour Monsieur, peut-être pourriez-vous me renseigner
? Existe-t-il un cours d'Art dramatique sur la commune ?
– Non, il n'y a pas de cours de théâtre, mais…
(et ce mais vindiou qu'il me fut doux à entendre) …
je connais quelqu'un qui a donné des cours il y a quelques
années. Il pourrait sûrement vous aider.
J'étais amère tout de même en quittant cet homme,
car maintenant il fallait voir la réalité en face
: il n'y avait pas de cours d'Art dramatique à Gennevilliers.
Des cours de judo, de danse, de gymnastique, de basket, de foot…
oui. Dois-je poursuivre plus avant ce discours ? N'y-a-t-il pas
quelque lassitude à écouter l'histoire d'un être
parfaitement narcissique dont l'ego grossit au fil de la parole
qui n'a de cesse de continuer à prolonger une tirade, que
dis-je, une conversation, pardon ! un monologue (soyons justes !).
ça, j'en conviens quel pied !
Parler seule pendant un certain temps (temps incertain ?) sans que
personne ne puisse en placer une (parole !). Parole échappée,
inventée, transformée, arrachée. Parole d'honneur,
parole lâche, parole grossière, inachevée. Parole
en l'air, parole d'homme et pourquoi pas de femme ? Parole avare,
parole aimable, parole innocente, parole accablante, parole au vitriol,
parole déformée, parole dans le formol, parole tendre,
parole aimante, parole gémissante mais aussi… parole
inaudible, incompréhensible, intraduisible, parole revigorante,
parole solennelle… il ne lui manque plus que la parole, ma
parole !
Les paroles s'écoulent comme un ruisseau. Elles se tarissent
parfois… Demoiselle allons voir si la rose Qui ce matin était
éclose, Que je pose un doux baiser sur votre bouton rose.
Osez mamie, vous reposer un instant, Que je dépose sur votre
corps ardent, Ces pétales de roses encore humides et frais
de rosée et de vent. Sous les ponts de Paris coule la Seine,
sur ma langue vibrent les mots. Je suis telle une jacassière.
Ne jamais interrompre ce flot de paroles folles. Si d'aventure,
mon bel amour, belle âme qui me hante, qui me désarme,
accroît mes larmes de jour en jour : j'implore en pleurs l'alarme.
Babil infatigable, lancinant, redondant… Va, je ne te hais
point, parole sournoise. Pour qui sont ces serpents qui sifflent
sur nos têtes : susurrantes paroles, sensibles, assourdissantes,
sinueuses, savamment agencées. Percer le mystère de
ces sons modulés, habilement habillés. Je parle mais
je m'égare…
Rester sans voix… Parler pour ne rien dire c'est toujours
parler contre vents et marée. Parler à qui mieux mieux.
Ah ! je parle pour retarder le silence, silence de plomb, lourds
de paroles étouffées. Retarder encore et encore le
moment de mourir, de s'éteindre.
Qui se cache derrière les mots ? Une tête, un ventre,
un corps. Les mots ne sont pas aussi innocents qu'ils le prétendent
: point final. Final, tel un couperet, comme c'est horrible. Non,
virgule, ouvrez les guillemets, voilà qui est plaisant, le
temps d'une respiration et la bouche se remet en mouvement. Point
d'exclamation, point de clameur, points de suspension… Voilà
ce que j'aime, en suspension, en attente, en devenir, le temps de
reprendre son souffle, le temps d'entamer une nouvelle tirade…
Où en étais-je ? Oui, donc me voilà sur une
piste. " Je connais quelqu'un qui pourrait vous renseigner".
Ce quelqu'un, je me décide à le rencontrer. Oui, il
occupait le poste de discothécaire municipal, dans un sous-sol.
Son bureau se trouvait au pied d'un escalier fort pentu. La première
chose que je vis en descendant cet escalier, fut un crâne
chauve luisant sous l'effet de la lumière artificielle. Il
écrivait, il écrit encore. Perturbé par mon
arrivée, il releva la tête. Impressionnée, tétanisée,
vacillante, j'osais " Bonjour monsieur, on m'a dit que vous
sauriez me renseigner sur des cours d'Art dramatique". Tout
en disant cela, je me suis sentie comme nulle, j'aurai voulu me
cacher dans un trou de souris, disparaître, n'avoir jamais
ouvert la bouche. " En effet, je faisais cela, maintenant ce
cours n'existe plus…". A-t-il remarqué le désarroi
sur mon visage ? " …mais (encore un que je n'ai pas oublié),
si vous le souhaitez, vous pouvez assister aux répétitions
de la troupe que je dirige aujourd'hui. Nous répétons
à 20h30 les mardis à la salle Youri Gagarine".
Logique.
J'avais 16 ans. Je ne le savais pas encore, mais tout allait pour
moi basculer, j'allais à la découverte de moi-même.
J'avais rendez-vous avec le Théâtre. Il n'allait plus
me lâcher, je ne voulais plus le quitter. Mes yeux n'allaient
plus voir le monde de la même manière, ma voix allait
apprendre à extirper, à expulser, à revendiquer
une parole, à la faire mienne. Répéter, reprendre,
chercher le ton juste, non, l'émotion sincère au plus
profond de soi. Aller chercher l'intention, expulser le cri, la
note vibrante, celle qui résonne juste. Il n'y a pas de règle.
Elle survient quelquefois sans qu'on y prenne garde. Le plus dur
reste à faire. Retrouver cette spontanéité
à chaque reprise, l'offrir intacte, comme neuve. C'est ce
travail-là qui est passionnant. Le plaisir réside
dans la sensation toujours renouvelée. Il n'y a pas de règle.
Si l'émotion peut arriver sans tambour ni trompette, elle
peut aussi être très difficile à naître.
D'où la nécessité de parler, de beaucoup parler,
tenter de cerner les intentions du metteur en scène. Il est
le meilleur interlocuteur, il aide à accoucher, il guide
l'acteur vers des terrains inconnus, il le pousse à trouver
la parole vraie. Il construit l'édifice de sa mise en scène
pierre à pierre. Cette construction se mêle de souffrances
et de plaisirs, de rires et de pleurs, d'aveuglement, d'entêtement,
d'incompréhension, de refus inconscient mais également
de trouvailles, de certitude d'avoir trouvé l'essence de
la parole. L'énergie déployée est immense.
Répéter un mot 10 fois, 20 fois, 1000 fois comme si
c'était la première fois qu'on le prononçait,
ça demande une grande concentration, il faut en vouloir.
" Accrois, ombre, d'un pas !" Quel souvenir ! S'entendre
dire : Reprends. "Accrois, ombre, d'un pas ! " Reprends.
"Accrois, ombre, d'un pas !" Reprends… et ne pas
aboutir au contentement de celui qui vous dirige. C'est un cauchemar
que l'on sent bien réel.
Dans ces moments de crise s'instaurent des rapports très
ambigus. Le metteur en scène est Dieu le père, le
tortionnaire, le bourreau, le rocher contre lequel on se heurte.
Tout est dans la tête, bien sûr. C'est une relation
douloureuse, que je sentais néanmoins nécessaire.
Inconsciemment, l'acteur refuse d'être là, à
l'endroit désigné, il s'absente, s'annule, ni vu,
ni connu, j't'embrouille. Fainéantise ? J'en doute.
Jouer, c'est bien s'impliquer dans le moment présent, ici
et maintenant. Il faut y croire, ne jamais fléchir, toujours
présente. Prendre la parole n'est pas parole donnée.
Longtemps, je fus silencieuse au cours comme s'il me fallait économiser,
soustraire à l'oreille d'autrui toutes mes âneries,
ma maladresse à trouver les mots justes pour me faire comprendre
comme si la parole était un joyau, une pierre précieuse
à découvrir. Ne dit-on pas de certains mots qu'ils
sont comme des rubis ?
Parole volubile du rien, du vent, du peu. Si j'ai été
longtemps muette, c'était pour mieux me nourrir par tous
les sens de ce que je découvrais de l'univers du Théâtre.
On ne vous donne pas la clé d'emblée, il faut savoir
laquelle sera la bonne. Chacun a la sienne, par bonheur. Et puis,
il faut avoir envie de trouver sa clé, avoir envie d'entrer
dans cet univers. Plus tard, on y entre et on en sort quand on veut.
Les chemins qui vous y mènent sont infinis, semés
de fausses pistes, de pièges, de nébuleuses sentes,
de tortueux chemins, de murs blancs. La ballade est solitaire, absolument
solitaire. à chacun sa route. Ce n'est pas un chemin de croix,
la souffrance n'écorche pas les pieds mais envahit l'âme.
Je ne comprenais pas tout ! Qu'importe, le mystère me donnait
l'occasion d'être plus entêtée que jamais.
Faut-il être étrange ou quelque peu dérangée
pour trouver son plaisir dans l'interrogation de l'être ?
Alors oui, je suis allé à la salle Youri Gagarine
chaque mardi, puis chaque vendredi à 20h30. Jamais je n'ai
raté ce rendez-vous ; cela a duré plus de 12 ans.
Au début mes yeux, mes oreilles s'emplissaient d'un émerveillement
toujours renouvelé. Pour rien au monde je n'aurais abandonné
cet enseignement. à la manière d'une novice, j'entrais
dans les ordres. Mais quel plaisir ! Que dis-je, quelle jouissance
que de percer le mystère du jeu d'acteur.
Bientôt, l'heure sonna pour moi de traverser ce miroir, de
n'être plus spectatrice, mais actrice. Acter. Vivre l'émotion
de l'intérieur, devenir la machine parlante.
J'ai fait un long voyage depuis ces années et l'exploration
se poursuit encore aujourd'hui. Que cherches-tu ? Quelle est ta
quête ? Que manigancent tes pensées dans ta tête
? Silence, absence…
Que veux-tu ? Quel est ton désir ? Les mots se superposent,
s'emmêlent dans ta tête. Silence, absence… Qui
te hante ? Par quel enchantement as-tu perdu la tête ? Je,
j'aimerai, je sens, je guette. Quelle souffrance te torture l'esprit
? De quel vague-à-l'âme t'es-tu entichée ? Quelle
raison te pousse à te taire ?
Accrochée aux valeurs auxquelles je crois, je perds cette
raison en regardant le monde. faut-il parler pour rompre le silence
? Faut-il signaler qu'on est là pour rassurer son monde ?
Le silence apparent est l'écho de mes éclats de voix
qui assourdissent ma tête.
Battements, tape, tape, top, tape, tape, top. Pincements d'effroi,
pince, pince, pense, pince, pince, pense. Trépidations, trappe,
trappe, tripes, trappe, trappe, trip. Le cœur s'affole, il
bat la chamade, le cœur s'emballe ; garde la tête froide.
L'entrée en scène, franchir l'autre temps, quitter
l'obscurité pour entrer dans la lumière. Lâcher
derrière soi le masque, se démaquiller, passer, outrepasser,
se dépasser…
Alors battements réguliers, avancer, avancer comme si la
marche était longue, happer l'écoute, le souffle,
envahir l'espace, insuffler la vie, agiter la mémoire, apostropher,
éclabousser tels ces postillons visibles ou invisibles semblables
à mille étoiles éphémères filant
dans les rais de lumière ajustés juste pour vous.
Le cœur se calme maintenant ou plus exactement, il vibre selon
votre souffle, dompté malgré lui.
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